L'Enéide, l'autre Odyssée

Enée fuyant Troie en flamme, portant son père Anchise sur ses épaules, par Pompeo BATONI (1750, conservée à Turin, Galleria Sabanda)
Enée fuyant Troie en flamme, portant son père Anchise sur ses épaules, par Pompeo BATONI (1750, conservée à Turin, Galleria Sabanda)

L’Énéide est le récit des épreuves du Troyen Énée, fils de la déesse Vénus. Ce dernier prend glorieusement part à la Guerre de Troie, avant de s’enfuir avec quelques-uns des siens quand la ville est soumise au pillage. Il se lance à la recherche d’une nouvelle terre pour refonder Troie, et finit par s’installer dans le Latium, une province de l’Italie ou sera bientôt érigée… Rome.

 

Bien sûr, ce n’est pas un hasard. Ce texte de Virgile a pour objectif de promouvoir les valeurs romaines du travail de la terre (labor), du respect des aïeux, des dieux et de la patrie (pietas), du courage (virtus) et de la sobriété (frugalitas) en fondant son récit sur ceux d'Homère.

 

Ce récit épique lui a été commandé par l’empereur Auguste, qui vient de prendre la succession de César (il est son petit-neveu et son fils adoptif) et qui souhaite vanter les exploits de la gens (ou famille) Julia, la famille de Jules César, dont le nom se rattachait à Iule, fils d'Énée (le I et le J sont indifférenciés en latin) pour augmenter sa légitimité face aux trouble que connaît l’empire, et surtout face à ses prétendants éventuels. On peut donc voir l’Enéide comme une œuvre de propagande, cet ouvrage regorgeant de passages faisant l'apologie de l'empereur Auguste.

 

On raconte également que l’empereur était exacerbé, en bon romain, par le fait que les écoliers romains ne puissent étudier que les œuvres d’Homère, les seules qui soient élevées au rang de « littérature » par ses contemporains.

 

Les romains avaient déjà piqués aux grecs leurs Dieux, qu’à cela ne tienne, ils prendront aussi leurs mythes ! L’œuvre de Virgile s’inspire en grande partie, comme je l’ai déjà mentionné plus haut, de celle d’Homère. Le poème, écrit entre 29 et 19 avant J.-C., contient environ 10 000 vers et se divise en douze chants ; à titre de comparaison, il y a environ 15 000 vers dans l’Iliade et 12 000 dans l’Odyssée.

 

Virgile sur son lit de mort aurait fait promettre à l'empereur Auguste de ne pas publier son oeuvre, mais celui-ci, en la découvrant, décida de passer outre les dernières volontés du poète et de la publier massivement. A côté de quel trésor aurait pu passer l'histoire de Rome! Mais l'empereur devait surtout se satisfaire du prestige qui rejaillissait sur lui et sur sa famille.

 

Le succès de l’Énéide fut immédiat et très large. L’œuvre était étudiée par tout écolier latin, pour la plus grande joie d’Auguste, et connut une grande postérité ; au Moyen Âge, l’Énéide est par exemple l'un des textes païens les plus étudiés.

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